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Psychiatrie
Délires chroniques
Cours de psychiatrie
 


 

Contrairement aux schizophrénies, les délires chroniques proprement dits se caractérisent par des idées délirantes systématisées permanentes et par une évolution à terme non ou peu déficitaire.

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Ils surviennent généralement sur une personnalité mature de 30 à 50 ans ce qui expliquerait peut-être leur évolution moins péjorative que celle des délires schizophréniques qui surviennent chez des sujets plus jeunes (notion de démence précoce et de trouble neuro-développemental).

L’école de psychiatrie française reconnaît 3 délires chroniques non schizophréniques : les délires paranoïaques, la psychose hallucinatoire chronique, les paraphrénies.

Délires paranoïaques :

Ce sont les délires les plus systématisés où le mécanisme délirant interprétatif est prédominant.

La nosographie française classique distingue 3 grands types de délires paranoïaques : les délires d’interprétation (exemple : paranoïa de Kræpelin), les délires de relation des sensitifs (délire des sensitifs de Kretschmer) et les délires passionnels qui incluent le délire de revendication, de jalousie et l’érotomanie.

Ces délires ont un certain nombre de caractéristiques communes.

A - Caractéristiques :

1- Personnalité prémorbide :

Les délires paranoïaques se développent assez fréquemment sur une personnalité pathologique.

La personnalité la plus couramment rencontrée est la personnalité paranoïaque sthénique.

Elle se caractérise par les signes suivants : la méfiance (peur d’être trompé par autrui), l’hypertrophie du moi avec un sentiment d’orgueil (absence d’autocritique, mépris des autres), la psychorigidité, la fausseté du jugement (idées préconçues que la confrontation à la réalité n’entame pas), l’absence de tendresse, le manque du sens de l’humour, des sentiments de jalousie injustifiés et une inadaptation sociale qui est la conséquence de tous les éléments précédemment cités.

Il convient de citer également la personnalité sensitive de Kretschmer. Dans ce cas, le sujet n’est ni sthénique, ni sûr de lui.

Il est plutôt vulnérable, timide, souvent inhibé sexuellement et très susceptible.

Il est très sensible aux attitudes d’autrui, intériorise les conflits et ressasse douloureusement ses difficultés relationnelles.

Toutefois, la relation entre personnalités paranoïaques et délires paranoïaques est parfois difficile à établir.

Si une personnalité sensitive est fréquemment retrouvée dans les antécédents d’une paranoïa sensitive, si une personnalité paranoïaque sthénique est souvent retrouvée dans les antécédents d’un délire passionnel, en revanche, dans les délires d’interprétation, la personnalité paranoïaque prémorbide est inconstante.

2- Facteurs décompensants :

Dans les délires paranoïaques, il est parfois possible de retrouver de tels facteurs.

Ainsi, l’émergence des délires passionnels et des délires de relation des sensitifs est souvent contemporaine d’un événement à forte charge émotionnelle constituant un traumatisme pour le sujet (deuil, conflit professionnel, divorce).

Dans le délire d’interprétation, le processus délirant paraît plus endogène, c’est-à-dire propre au patient et sans cause extérieure explicative.

3- Élaboration délirante :

Les délires paranoïaques sont les plus systématisés de tous les délires chroniques.

Ils sont cohérents, de construction logique.

Ils sont tellement plausibles et convaincants que parfois l’entourage proche, y compris le médecin traitant, peut y adhérer : c’est ce que l’on appelle le délire induit ou le délire à 2.

Si la pensée du paranoïaque paraît rigoureuse et logique, elle ne fonctionne que selon une logique qui lui est propre et que l’on nomme la pensée paralogique.

Elle se caractérise d’une part par une pensée qui utilise une logique commune pour valider un postulat de départ inexact dans les délires passionnels et d’autre part, à partir d’un fait réel, elle permet le développement d’un raisonnement paralogique totalement erroné pour confirmer des convictions délirantes chez un interprétatif persécuté.

B - Description clinique et évolution :

1- Délires passionnels et de revendication :

Ces délires ont en commun une structure et des mécanismes assez constants.

Ils se caractérisent par leur développement en « secteur ». Le délire s’exprime dans un seul domaine en n’infiltrant pas les autres domaines de la pensée et de la vie du patient.

Ils débutent par une brusque intuition délirante « postulat initial » qui vient éclairer une période de doute affectif.

Puis, à partir de ce postulat initial, le délire s’enrichit d’interprétations délirantes fondées sur un thème ayant une forte charge émotionnelle (jalousie, préjudice…).

Cela entraîne une conviction délirante totalement inaccessible au raisonnement qui peut aboutir à des passages à l’acte graves auto- voire hétéro-agressifs.

Il existe 3 types de délires passionnels : le délire de préjudice ou de revendication, le délire de jalousie et l’érotomanie.

• Les délires de revendication ou de préjudice sont les plus communs des délires passionnels. Le sujet revendique avec passion le triomphe de la justice et de la vérité afin d’obtenir la juste réparation d’un préjudice qu’il pense avoir subi ou la juste reconnaissance de son bon droit.

Ce sentiment de persécution et d’injustice s’accompagne d’attitudes de quérulence (réclamations incessantes, procédures judiciaires répétées) et parfois d’une agressivité hypersthénique (menaces, violences, voire homicide).

Ces 2 éléments concourent à la réputation particulièrement dangereuse de ce type de délirants.

Il existe différents thèmes délirants de revendication.

Toutefois, les mécanismes délirants prévalants, ici intuitifs et interprétatifs, le développement en « secteur » du délire et l’absence d’évolution déficitaire sont partagés par tous ces patients.

On distingue : les quérulents processifs qui se pensent lésés dans le domaine du droit et qui entament de nombreuses procédures judiciaires, les inventeurs méconnus qui revendiquent une invention géniale dont ils sont les auteurs ou qui sont spoliés car on leur a volé leur idée, les idéalistes passionnés qui rêvent de nouveaux systèmes politiques, de paix universelle ou de mouvement perpétuel et qui projettent pour se faire entendre des scandales ou des attentats contre des hommes politiques, ou bien qui organisent des campagnes de presse afin de mettre en avant leur désir de réforme et de justice.

L’évolution de ces délires de revendication est donc souvent émaillée de passages à l’acte hétéro-agressifs contre les personnes perçues comme des détracteurs ou contre la société. Il existe cependant des résolutions spontanées et parfois même, après de longues années, des changements de thème délirant.

• Le délire de jalousie a un début le plus souvent insidieux et progressif, le thème est la « jalousie délirante ».

Le sujet est convaincu d’être trompé par son partenaire sexuel, interprète les moindres détails de la vie quotidienne, accumule les preuves de l’infidélité de son conjoint, reconstruit le passé en fonction du délire, crée de faux souvenirs.

Le conjoint est rapidement soumis à une pression insupportable, le conduisant parfois à des aveux non fondés mais parfois aussi réels ce qui d’ailleurs ne change rien à la trajectoire délirante du sujet.

Ce délire est tenace, connaît des moments d’atténuation et des paroxysmes au cours desquels des passages à l’acte auto- voire hétéro-agressifs sont possibles sur le conjoint ou sur le rival supposé.

Dans ce type de délire, des facteurs favorisants sont assez souvent retrouvés tels qu’un trouble de la personnalité sous-jacent (paranoïaque ou sensitif) ou un alcoolisme qui est systématiquement recherché car il aggrave la symptomatologie délirante.

Dans ce dernier cas, un sevrage permet assez souvent d’apaiser les processus délirants.

Devant un tel diagnostic, il convient d’éliminer, tout d’abord, la schizophrénie paranoïde, où l’on peut trouver mêlés à d’autres thèmes flous et non structurés des thèmes de jalousie délirante, puis, les démences séniles en début d’évolution, enfin certaines personnalités pathologiques (hystérique, sensitive ou dépendante) et l’hyperesthésie jalouse non délirante de l’alcoolique chronique due vraisemblablement au retentissement négatif de l’intoxication sur la fonction sexuelle.

• Le délire érotomaniaque affecte plus souvent les femmes que les hommes.

Son principal thème est l’érotomanie.

Elle se caractérise par l’illusion délirante d’être aimé par une personne (l’objet) le plus souvent célèbre ou de position sociale plus élevée, donc au premier abord inaccessible.

Ce tableau clinique survient généralement brutalement à partir d’un événement anodin (par exemple, un regard).

De cette situation naît la certitude de l’amour de l’autre.

La construction délirante s’élabore par le biais d’interprétations délirantes accordant à tous les comportements de l’autre, même les plus anodins, une valeur amoureuse.

Trois phases successives caractérisent l’évolution spontanée du trouble.

La 1re phase est « la longue phase d’espoir ».

Elle se caractérise par l’interprétation optimiste de tous les faits et gestes de l’autre comme autant de déclarations passionnées mais compréhensibles d’elle seule.

L’absence de réponse de l’objet n’entame pas du tout la conviction du sujet.

La seconde phase est celle du « dépit et du découragement ».

L’être qui aimait et qui est maintenant aimé est soupçonné et accusé de ne pas se consacrer aux sentiments qu’il a suscités.

Ce dépit peut générer des passages à l’acte essentiellement auto-agressifs.

La 3e phase est celle de la « rancune ». Le sujet déçu fait du chantage et menace.

L’explosion hétéro-agressive doit être redoutée envers l’objet du délire ou de toute autre personne censée avoir empêché que ne se réalise le projet amoureux du délire (drame passionnel).

L’érotomanie paranoïaque est rare, mais des conduites érotomaniaques moins typiques peuvent s’observer dans 2 circonstances particulières qu’il convient d’éliminer.

Les idées délirantes érotomaniaques s’observent assez souvent dans le délire schizophrénique débutant.

Elles sont énoncées avec froideur et indifférences, comme une évidence.

Elles n’ont ni le côté passionnel de l’érotomanie, ni sa cohérence et sa structure.

Des fixations de nature érotomaniaques peuvent également être observées chez certaines personnalités pathologiques, notamment les passifs dépendants.

Dans ce contexte, les interprétations délirantes et la conviction délirante ne sont pas convaincantes.

2- Délire d’interprétation ou paranoïa :

Ce délire se développe de façon insidieuse et progressive, le plus souvent chez un homme d’âge moyen de 30 à 50 ans.

Son mécanisme central est l’interprétation.

Les interprétations permettent l’élaboration d’un système cohérent de pensées délirantes.

Les thèmes de ce délire sont la persécution, le préjudice, la malveillance et parfois la mégalomanie.

Ce délire se développe en « réseau ».

En effet, un paranoïaque ne croit pas au hasard, le moindre événement de sa vie est interprété, rattaché à son système délirant ce qui n’a de cesse que de l’enchérir, de le renforcer et de l’étendre.

Ce tableau s’accompagne d’une conviction délirante absolue, inébranlable, le patient est inaccessible aux doutes.

Lors des poussées processuelles, d’autres mécanismes délirants peuvent accompagner les interprétations tels que les intuitions délirantes (un sourire qui veut dire quelque chose) ou les illusions perceptives (on fait allusion à lui dans la presse), les phénomènes hallucinatoires sont rarissimes.

L’humeur du sujet est généralement neutre, le contact est froid, méfiant et distant.

Parfois, une certaine exaltation de l’humeur apparaît au cours de laquelle le sujet peut exprimer ses projets de défense ou de contreattaques.

Il convient de les prendre au sérieux, car les actes médico-légaux ne sont pas rares : plaintes à la police, menaces, dénonciations publiques d’un éventuel persécuteur voire agression ou meurtre de celui-ci.

En effet, un paranoïaque est d’autant plus dangereux qu’il a désigné un persécuteur et qu’il a épuisé tous les recours légaux pour faire triompher sa cause.

Bien que le sujet ait de gros troubles du jugement, son adaptation sociale et professionnelle reste possible assez longtemps.

Toutefois, le paranoïaque est dans l’évitement social, il prend de nombreuses précautions et déménage souvent.

Devant une telle symptomatologie, il convient d’éliminer une schizophrénie où des idées délirantes de nature interprétatives peuvent exister, mais celles-ci surviennent dans un contexte non cohérent.

L’évolution spontanée de la paranoïa est « l’essoufflement du délire ».

Il n’y a pas classiquement d’évolution déficitaire.

Au long cours, l’évolution est ponctuée, d’une part par des moments féconds avec excitation thymique et réactivation délirante pouvant aboutir à des passages à l’acte hétéro-agressifs ; d’autre part, par des épisodes dépressifs majeurs qui sont des moments à la fois « à risque » (passages à l’acte auto-agressifs) mais aussi « précieux » pour nouer une relation thérapeutique en raison de la demande d’aide du patient.

3- Délire sensitif de relation de Kretschmer :

Ce délire se caractérise par une décompensation délirante de mécanismes essentiellement interprétatifs sur une personnalité paranoïaque de type sensitif.

Il se développe souvent à la suite d’un événement vécu comme pénible ou humiliant par le sujet (par exemple : un échec, une frustration ou un rejet professionnel).

Le sujet rumine douloureusement ces impressions et développe des idées de référence qui deviennent peu à peu des certitudes.

Ce délire est dit de référence.

Le sujet a la certitude que le comportement des personnes qu’il côtoie est lourd de sens, il se sent victime d’une vaste campagne de dénigrement (on l’épie, on fait des allusions désobligeantes à son propos, on se moque de lui, on le méprise).

Contrairement au paranoïaque, le sensitif ne réagit pas de façon agressive.

Il intériorise plutôt les conflits et devient asthénique.

L’évolution de ce type de délire est donc surtout émaillée d’épisodes dépressifs avec souvent une note hypocondriaque, une autodépréciation importante et un risque de passage à l’acte auto-agressif.

C - Traitement :

1- Hospitalisation :

L’hospitalisation en milieu psychiatrique peut s’avérer nécessaire en cas d’exaltation de l’humeur menaçante hétéro- ou auto-agressive, de poussées processuelles ou de troubles dépressifs majeurs.

Un placement administratif selon la loi du 27 juin 1990 est souvent nécessaire.

On peut recourir à une hospitalisation sur demande de tiers mais, le plus souvent, une hospitalisation d’office en cas de dangerosité pour autrui est préférable afin d’éviter que le patient n’intègre le tiers à ses éventuels persécuteurs.

Parallèlement, il convient d’évaluer l’opportunité d’une mesure de protection des biens quand le sujet dépense tout son argent dans des procès.

Cette hospitalisation a pour but général de limiter la dégradation du statut professionnel et des relations socio-familiales, ainsi que la souffrance de la famille.

L’hospitalisation a un double objectif spécifique.

Le 1er est de permettre au patient d’exprimer ses conflits affectifs lors d’entretiens répétés.

Il convient de lui expliquer clairement tous les examens entrepris et les traitements qui lui sont préconisés. Cette condition est indispensable pour une bonne compréhension de la démarche thérapeutique proposée.

Elle est d’autant mieux acceptée que le médecin ne prend pas position sur la véracité des faits et interprétations du patient en se situant au-delà de cette question par une verbalisation du type : «Je ne prétends pas pouvoir juger de cela car je n’ai pas tous les éléments, mais votre caractère vous met dans des situations où, en tant que médecin, je peux soulager votre souffrance et vous aider… ».

Le 2e est d’instaurer un traitement chimiothérapique.

Il repose essentiellement sur l’utilisation de neuroleptiques.

Le but d’un tel traitement est d’atténuer la conviction délirante, l’angoisse et l’agressivité du patient. Un neuroleptique typique polyvalent type halopéridol (Haldol) ou sédatif type chlorpromazine (Largactil) est choisi.

Les posologies initialement prescrites sont les plus faibles possibles (1 à 5 mg/j pour l’Haldol, une centaine de mg/j pour le Largactil) afin de s’assurer d’une bonne tolérance qui favorise la bonne adhésion au traitement et d’une réduction symptomatique qui peut être longue à apparaître (plusieurs mois) et justifier parfois l’augmentation des posologies.

Il est à noter que les neuroleptiques atypiques récemment mis sur le marché ne possèdent pas pour la plupart d’autres indications que les schizophrénies.

Parfois, pour un temps qui ne doit pas dépasser 6 mois, il est utile d’associer un traitement antidépresseur quand les troubles dépressifs apparaissent.

En association, les antidépresseurs sont surtout efficaces dans les délires des sensitifs et dans les délires passionnels. Mais leur utilisation nécessite de multiplier les entretiens avec le patient afin de s’assurer qu’il ne renforce pas le délire.

2- À la sortie :

Ces patients sont souvent difficiles à suivre, aussi est-il important d’élaborer un projet de sortie en relation avec le milieu social (médecin de famille, hôpital de jour, etc.) et la famille.

Le traitement doit être poursuivi au long cours en associant une chimiothérapie (d’où l’utilité des traitements par neuroleptiques retards dans un tel contexte) et une psychothérapie de soutien voire psychanalytique dans de très rares cas.

Dans le cas particulier du délire de jalousie, outre les mesures précédentes, il convient, lorsqu’un alcoolisme existe, d’effectuer une désintoxication préalable.

Psychose hallucinatoire chronique :

A - Description clinique :

1- Personnalité prémorbide :

Elle survient généralement chez des femmes d’âge moyen compris entre 30 et 50 ans. Les sujets atteints présentent assez fréquemment des traits de personnalité sensitive ou de personnalité psychasthénique.

Elle se caractérise par une grande tendance aux scrupules, une inhibition affective, des difficultés à prendre des décisions et à agir.

Ces personnes s’enferment volontiers dans une introspection douloureuse.

Ces personnalités jusque-là équilibrées « décompensent » parfois à cet âge à l’occasion d’un événement de vie traumatisant, le plus souvent le décès du conjoint.

2- Début :

Il est le plus souvent brutal et se caractérise par un épisode délirant aigu riche en hallucinations avec un automatisme mental constitué.

Parfois, le début de l’épisode est progressif.

Il se caractérise par un petit automatisme mental composé d’un sentiment d’étrangeté, d’un écho de la pensée, d’un devinement de la pensée ainsi que de sensations cénesthésiques pénibles et vagues.

Celui-ci suscite chez le patient une grande perplexité et une recrudescence de l’anxiété. Il manque à ce stade l’élaboration délirante.

3- Période d’état :

Elle se caractérise par un tableau hallucinatoire et un syndrome d’automatisme mental.

Puis, le sujet élabore un délire plus ou moins systématisé dont le but est de « rationaliser » les phénomènes hallucinatoires perçus.

Le tableau clinique se compose de 3 symptômes essentiels : l’automatisme mental, les hallucinations psychosensorielles et le délire.

L’automatisme mental est l’axe central de la psychose hallucinatoire chronique.

Il est constant et se caractérise par un syndrome associant des hallucinations intrapsychiques et des troubles du cours de la pensée.

Le sujet dit avoir perdu le contrôle de sa pensée car il perçoit des phénomènes psychiques qui le parasitent en permanence (idées saugrenues, des voix qui l’injurient et qui commentent ses actes).

Il subit ces processus qu’il n’a pas voulu produire et qui ne lui appartiennent pas.

Au regard de tels phénomènes, le patient cherche à les justifier en expliquant qu’il est sous le contrôle d’une force extérieure à laquelle ses sens, ses actes et sa pensée sont soumis.

Ce processus se nomme le syndrome d’influence.

À l’extrême, le patient vit sa propre pensée comme une voix provenant de l’extérieur et qui est donc étrangère à sa personne.

Les signes cliniques qui constituent le grand automatisme mental sont : l’impression que la pensée est devancée ou devinée, volée et répétée en écho par une voix intérieure étrangère à lui-même ; les actes sont énoncés, commentés et critiqués ; le sentiment d’être soumis à une influence extérieure qui lui impose des actes, des paroles, des tics, des gestes voire des actes violents ; enfin la pensée devient auditive et perçue comme une réalité objective et extérieure (hallucinations psychosensorielles).

Les hallucinations psychosensorielles sont essentiellement auditives.

Les plus importantes sont acousticoverbales.

Le sujet perçoit des voix provenant d’un endroit de l’espace (ex. : un plafond), qui tiennent des propos injurieux, grossiers, accusateurs voire menaçants.

D’autres hallucinations sont non verbales, le sujet entend des bruits ayant une signification malveillante.

D’autres hallucinations sont souvent associées : des hallucinations olfactives (le sujet sent des odeurs nauséabondes qui sont souvent significatives d’un danger imminent), des hallucinations gustatives (il trouve que les aliments ont un goût bizarre) et des hallucinations cénesthésiques et tactiles (il perçoit des courants électriques qui lui traversent le corps ou des sensations génitales).

Le délire survient donc comme une tentative de rationalisation des phénomènes perçus.

Le mécanisme essentiel de celui-ci est hallucinatoire.

Le thème dominant est la persécution. Les explications délirantes du patient sont souvent peu argumentées et les persécuteurs sont impersonnels. Le patient persécuté réagit le plus souvent de façon passive voire dépressive à son délire ce qui est tout le contraire du paranoïaque.

B - Évolution :

1- Évolution spontanée :

L’évolution spontanée de la psychose hallucinatoire chronique est caractérisée par des poussées processuelles entrecoupée de rémissions plus ou moins complètes.

À long terme, le délire a tendance à s’étendre, à s’enrichir de phénomènes imaginatifs envahissant de plus en plus la vie psychique et sociale du sujet.

Cela aboutit à une rupture progressive avec la réalité extérieure.

L’adaptation sociale du sujet reste longtemps préservée, mais l’évolution démentielle est possible à terme.

2- Évolution sous traitement :

Un traitement neuroleptique réduit voire éteint les processus hallucinatoires ce qui permet une mise à distance du délire.

On obtient un enkystement du délire.

L’adaptation sociale et familiale est alors meilleure et plus durable.

Parfois, la thérapeutique permet une rémission complète voire une critique des phénomènes vécus et perçus lors de la poussée processuelle.

C - Traitement :

L’hospitalisation sous contrainte est parfois nécessaire, selon la loi du 27 juin 1990, lors des phases aiguës de la maladie.

La chimiothérapie est nécessaire lors de ces phases aiguës avec agitation anxieuse.

Le traitement de choix est la mise en route d’un neuroleptique de nature antiproductive.

Par exemple, l’halopéridol (Haldol) est reconnu comme très anti-hallucinatoire à une dose de 5 à 15 mg/j.

Celui-ci peut être associé à un neuroleptique plus sédatif en début de traitement quand les processus anxieux sont très invalidants (Tercian : 50 mg/j ou plus).

Le traitement d’entretien n’est pas systématique.

Le plus souvent, de toutes petites doses de neuroleptiques sont préconisées (Haldol de 2 à 5 mg/j) ou un neuroleptique d’action prolongé comme l’Haldol Decanoas.

Au traitement neuroleptique, doit être associée une psychothérapie de soutien.

Au long cours, une surveillance régulière est effectuée afin d’éviter les rechutes délirantes, l’apparition d’épisodes dépressifs et les épisodes pseudo-déficitaires.

Paraphrénies :

A - Description clinique :

Les paraphrénies se caractérisent par leur rareté, leur début tardif entre 30 et 45 ans, leur organisation peu systématisée, la prédominance des phénomènes imaginatifs dans les délires avec des thèmes de grandeur et fantastique. Les capacités intellectuelles du sujet sont conservées, le délire est en marge de sa réalité quotidienne.

1- Début :

Le début de la paraphrénie est plus souvent progressif et lent. Le sujet développe quelques bizarreries de comportement qui s’expriment par un certain retrait affectif. Parfois, le début est bruyant.

2- Phase d’état :

La phase d’état est caractérisée par un délire riche, imaginatif et fantastique. On distingue, si l’on considère l’équivalence entre la paraphrénie systématique et la psychose hallucinatoire chronique, 2 formes cliniques de paraphrénies : la paraphrénie imaginative et la paraphrénie fantastique.

La paraphrénie imaginative se caractérise par un délire de mécanisme essentiellement imaginatif et peu hallucinatoire.

Le sujet élabore progressivement une fabulation qui s’enrichit de toutes les expériences qu’il vit (discussions, lectures, etc.).

Les thèmes de cette forme clinique sont la mégalomanie, la filiation et la richesse.

La paraphrénie fantastique se compose d’un délire de mécanismes hallucinatoire et imaginatif.

Les hallucinations sont riches (auditives, automatisme mental et corporelles).

Les thèmes du délire sont fantasmagoriques, cosmogoniques.

Il est souvent exprimé avec une certaine exaltation de l’humeur à type d’euphorie.

Le discours est riche parfois émaillé de néologismes et d’une certaine incohérence ce qui peut faire évoquer un diagnostic de schizophrénie.

L’euphorie et la mégalomanie retrouvées dans les paraphrénies avaient pour diagnostic différentiel principal la paralysie générale (phase tertiaire de la syphilis).

B - Évolution :

Les paraphrénies évoluent de façon chronique où alternent des phases fécondes avec exaltation de l’humeur et des périodes de sédation.

L’adaptation du sujet est longtemps maintenue aussi bien aux niveaux familial que professionnel.

À long terme et en l’absence de traitement, le délire a une tendance spontanée à s’enkyster.

Toutefois, une autre évolution est possible qui correspond à l’émergence progressive d’une dissociation schizophrénique. L’évolution sous traitement permet un enkystement plus rapide des délires.

Il convient de redouter l’apparition d’un trouble dépressif qui s’accompagne souvent de raptus suicidaire.

C - Traitement :

L’hospitalisation peut s’avérer nécessaire lors des phases actives.

Toutefois, il faut noter que les neuroleptiques anti-productifs sont très peu efficaces sur les mécanismes imaginatifs.

Un traitement chimiothérapique a comme objectif le maintien de l’insertion sociale sans espérer une réduction symptomatique totale ni a fortiori une critique du délire.

Le traitement permet de réguler les exaltations de l’humeur, les processus hallucinatoires, la réactivation délirante et les angoisses.

Il est superposable à celui de la psychose hallucinatoire chronique.

Le traitement chimiothérapique est accompagné d’une psychothérapie de soutien.

Il convient également de porter une grande attention aux mesures sociothérapiques afin d’éviter leur désocialisation.

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