Rechercher dans le site  |   Devenir membre
      Accueil       |      Forum     |    Livre D'or      |     Newsletter      |      Contactez-nous    |                                                                                                          Envoyer par mail  |   Imprimer

 
Neurologie
Physiopathologie des crises d’épilepsie
Cours de Neurologie
 

 

Introduction :

L’épilepsie est une pathologie du système nerveux central (SNC) qui affecte 0,5 à 0,8 % de la population, et qui est caractérisée par la récurrence de crises qui surviennent de façon imprévisible.

C’est une pathologie importante en neurologie, en raison de son aspect protéiforme : plusieurs formes d’épilepsie ont été décrites, qui présentent des différences aussi bien sur le plan clinique qu’étiologique.

Sur le plan physiopathologique, ces différences impliquent l’existence de mécanismes moléculaires et cellulaires distincts d’une forme de crise à l’autre.

Comprendre les dysfonctionnements du SNC qui sont à l’origine de chacune des formes d’épilepsie est ainsi une entreprise difficile, qui essaie de répondre aux questions suivantes :

– Quelle population de neurones est mise en jeu dans chaque forme de crise ?

– Quels sont les mécanismes qui initient une crise d’épilepsie donnée ?

– Pourquoi des neurones présentent-ils une hyperactivité ?

– Pourquoi des neurones se synchronisent-ils ?

– Pourquoi une crise se propage-t-elle ?

– Pourquoi une crise s’arrête-t-elle ?

Pour tenter de répondre à ces questions, la recherche en épileptologie bénéficie de l’ensemble des techniques développées en neurosciences expérimentale et clinique au cours de ces dernières années.

Certaines de ces techniques, en particulier la neuro-imagerie, ont permis de mieux déterminer, chez le patient épileptique, les modifications morphologiques et fonctionnelles qui sont associées à certaines formes d’épilepsie.

Cependant, pour des raisons à la fois techniques, économiques et éthiques, l’étude physiopathologique des épilepsies nécessite l’emploi de préparations in vitro, mais surtout de modèles animaux.

L’utilisation de modèles d’épilepsie chroniques et validés, a permis au cours de ces dernières années de caractériser certains circuits nerveux à l’origine des crises d’épilepsie.

De plus, certains de ces modèles ont permis de mettre en évidence l’existence de mécanismes de contrôle des crises, ou encore de phénomènes de plasticité, qui peuvent donner naissance à des circuits aberrants capables de générer des crises récurrentes.

Sans prétendre à l’exhaustivité, cette revue a pour objectif de présenter certaines données actuelles de notre connaissance de la physiopathologie des épilepsies, recueillies grâce à l’utilisation de ces modèles animaux.

Modèles animaux d’épilepsie :

A - CRITÈRES DE VALIDATION D’UN MODÈLE ANIMAL :

La modélisation animale s’impose dans le cas des épilepsies.

En effet, les mécanismes ou les circuits qui sont à l’origine d’une forme particulière d’épilepsie, de même que ceux qui contrôlent ces manifestations paroxystiques, impliquent un niveau d’intégration difficile à aborder dans des préparations in vitro.

La modélisation animale des épilepsies est sans doute l’une des plus pertinentes dans l’étude des pathologies du système nerveux central car, comme chez l’homme, plusieurs types de crises induites ou spontanées peuvent être observés chez les animaux, en particulier chez les mammifères.

Un modèle animal se définit comme une préparation simplifiée qui permet d’étudier, dans les conditions du laboratoire, la physiopathologie et le traitement d’une maladie.

Pour permettre une extrapolation « optimale » des résultats obtenus avec un modèle animal, celui-ci doit répondre à trois critères :

– l’isomorphisme ou similarité des symptômes ;

– la prédictivité ou efficacité pharmacologique identique ;

– l’homologie ou similitude étiologique. Dans le cas de l’épilepsie, l’examen comportemental et électroencéphalographique détaillé ainsi que l’analyse ontogénétique du modèle animal sont indispensables, pour déterminer la forme d’épilepsie humaine à laquelle il se rapporte.

Il est essentiel que cette comparaison tienne compte des différences d’espèce, en particulier lorsque les animaux utilisés sont des rats ou des souris.

La validation du critère de prédictivité est facilitée par l’existence de nombreux médicaments antiépileptiques développés au cours de ces vingt dernières années.

La spécificité de certains médicaments pour une forme précise d’épilepsie ou, à l’inverse, les effets aggravants observés sur des formes d’épilepsie particulières permettent d’affiner la validation du critère de prédictivité d’un modèle animal d’épilepsie.

Enfin, le critère d’homologie est sans doute le plus difficile à vérifier car, dans la plupart des cas, l’étiologie de la forme d’épilepsie étudiée n’est pas connue.

La similitude de facteurs déclenchants (stimulation lumineuse intermittente, changement d’état de veille), de circuits nerveux (boucle thalamocorticale, circuits limbiques), d’atteinte histologique (perte cellulaire, bourgeonnement de fibres moussues), voire de facteurs génétiques, permettent cependant d’approcher ce critère de façon satisfaisante.

Il ne faut pas perdre de vue cependant qu’un modèle est avant tout une préparation simplifiée, une sorte de « caricature » qui ne reproduit que les caractéristiques les plus marquées d’une pathologie, afin d’en étudier les mécanismes.

C’est cette simplification, à condition qu’elle soit maîtrisée, qui permet de faire avancer notre connaissance sur la physiopathologie des épilepsies.

Il est difficile de valider complètement un modèle d’épilepsie (comme de toute autre forme de pathologie du SNC), et l’absence de validation d’un des critères ne doit pas nécessairement entraîner le rejet du modèle. Il n’existe pas de modèle « parfait », mais l’expérimentateur cherchera à utiliser le modèle le mieux adapté à la question posée.

B - CLASSIFICATION DES MODÈLES ANIMAUX D’ÉPILEPSIE :

Plusieurs modèles animaux ont été décrits depuis le début des années 1960, essentiellement chez le rongeur et chez certains primates. Parmi ceux-ci, on peut distinguer :

– les modèles de crise d’épilepsie qui utilisent des animaux sains chez lesquels une crise, souvent unique, est induite par l’injection d’un convulsivant ou par une stimulation électrique ;

– les modèles chroniques d’épilepsie où des crises récurrentes spontanées sont observées. Dans le premier cas, le caractère artificiel et unique des crises limite considérablement l’interprétation des résultats : de tels modèles ne peuvent rendre compte de l’état permanent du dysfonctionnement du cerveau qui permet la survenue de crises.

Les stimulations épileptogènes qui sont utilisées peuvent cependant permettre de révéler une sensibilité ou une résistance aux crises chez des animaux mutants ou transgéniques.